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Simon, Nous sommes mardi 28 comme il y a tout juste neuf mois… je regarde quelques images de toi, je n’y crois toujours pas vraiment. Je te parle souvent, comme je t’écris aujourd’hui, tu ne me réponds jamais… je te dis que ça suffit d’être mort, qu’il faut arrêter maintenant… je te dis plein d’autres choses, drôles parfois… Mais évidemment… le silence qui suit n’est même pas le tien. Un ami dont c’est le métier m’a dit que c’était une bonne chose, qu’il s’inquiéterait seulement si je t’entendais me répondre. J’ai ri, c’était bon et c’était vrai. Je te parle donc, et tu restes sans surprise silencieux. Je le sais mais j’essaye, je suis épuisé d’être infatigable à cette conversation solitaire. Épuisé mais sans la moindre lassitude. En regardant d’autres photos, celles dont tu es l’auteur, je ne sais pas pourquoi me reviennent les mots des adieux professionnels d’Yves Saint-Laurent. Tu t’étonnais toujours des étranges associations que mon esprit fait souvent… tu vas pas être déçu de celle-ci… enfin façon de parler, de te parler encore. Probablement l’évocation de « la famille des nerveux », la timidité maladive ou encore les fantômes esthétiques … plus sûrement la tristesse du dégrisement… je n’en suis pas certain, toujours est-il que ces mots tournent dans ma tête inlassablement ces jours-ci, qui sans surprise s’écoulent aussi la nuit : « J’ai toujours placé au-dessus de tout le respect de ce métier qui n’est pas tout à fait un art mais qui a besoin d’un artiste pour exister. Je pense que je n’ai pas trahi l’adolescent qui montra ses premiers croquis [.]. Tout homme pour vivre a besoin de fantômes esthétiques. Je les ai poursuivis, traqués. Je suis passé par bien des angoisses, bien des enfers. J’ai connu la peur et la terrible solitude. Les faux amis que sont les tranquillisants et les stupéfiants. La prison de la dépression (…). De tout cela, un jour je suis sorti, ébloui mais dégrisé. Marcel Proust m’avait appris que «la magnifique et lamentable famille des nerveux est le sel de la terre». J’ai, sans le savoir, fait partie de cette famille [.]. Les plus beaux paradis sont ceux qu’on a perdus. Pourtant j’ai choisi aujourd’hui de dire adieu[.] » YSL…