Biographie
Né le 25 décembre 1972 dans un décor trop parfait pour être innocent — Saint-Tropez — il grandit dans l’ombre de la précision, un père dentiste façonnant des bouches, et du mythe : résistants, marins, disparus, fantômes familiaux qui refusent de rester enterrés. À dix ans, on lui remet un arsenal complet de peinture. Pas un jouet. Une première arme chargée — début d’une collection baroque, celle d’un fou de guerres intimes.
Il ne les rendra jamais. Préférant multiplier ses champs de bataille.
Il avance par déplacements successifs : peinture, livres, images, relations humaines — tout devient matériau, tout peut être réassemblé. Ce qu’il construit n’est pas une œuvre au sens classique, mais un champ de tensions : entre mémoire et invention, fidélité et trahison, contrôle et perte.
Il ne travaille pas pour les institutions. Il les infiltre. Depuis les années 90, dans l’orbite du galeriste Enrico Navarra, il construit une carrière qui refuse les étiquettes : ni tout à fait salarié, ni tout à fait artiste, ni simple éditeur — plutôt une anomalie productive, capable de générer livres, expositions, liens, archives, idées, communication, événements, à une cadence aussi époustouflante que discontinue. Un désordre qui sert de camouflage à cet homme qui détruit méthodiquement tous les cadres censés le contenir.
Il participe activement à la conception et au développement de la collection Made By…, projet éditorial international consacré à la création contemporaine à travers différentes scènes culturelles. Dans ce cadre, il collabore étroitement avec le photographe Simon Schwyzer.
Sa relation avec Simon Schwyzer en est le cœur instable : une collaboration devenue dépendance, une amitié transformée en système amoureux. Un couple ? Depuis la mort brutale du photographe suisse, Moreu répond : « Demandez-lui. » Toujours est-il qu’après sa disparition, rien ne s’arrête — au contraire, tout s’intensifie. Travailler devient une manière de retenir, éditer une manière de prolonger, écrire une manière de ne pas céder. Il s’engage dans la préservation et la valorisation de son œuvre, notamment à travers la préparation de la publication de la monographie Made by… Simon Schwyzer.
En 2017, avec le soutien d’Enrico Navarra, il avait fondé les Éditions Sébastien Moreu, structure indépendante dédiée aux livres d’art, essais et projets éditoriaux transversaux. La mémoire du photographe suisse détruira l’entreprise. Pas les projets.
Plus tard, avec Andre Vaszkievicz, l’intime change encore de forme. I Love You Moneypenis n’est pas un projet décoratif posé sur leur relation : c’est une collision de texte, d’image, de désir, d’argent, de corps. Une œuvre conçue depuis l’intérieur du lien, sans filtre protecteur. Leur mariage, le 19 octobre 2024 à Saint-Tropez, ne stabilise rien : il rend officiel ce qui débordait déjà.
Son propre travail — collages, textes, dispositifs éditoriaux — relève d’une esthétique de l’exposition. Journaux ouverts, images découpées, mémoire traitée comme matière première. Rien n’est neutre. Tout est impliqué.
Physiquement, il porte un corps qui ne coopère pas toujours : cœur rapide, tension capricieuse, système sous pression. Et pourtant, il continue, avec des habitudes qui ressemblent parfois à de la défiance, parfois à une indifférence aux conséquences. Pas de récit propre de rédemption ici. Seulement la persistance.
Il aime intensément, archive obsessionnellement, travaille compulsivement, et refuse de simplifier quoi que ce soit.
S’il existe un principe unificateur, c’est celui-ci : Sébastien Moreu ne résout pas ses contradictions, tant il vénère celles des autres.
Les siennes, il les organise — puis il vit à l’intérieur de l’exposition. Cette galerie est sa maison et celle qu’il offre toute entière à ceux qu’il aime, rien n’est jamais pour lui.
Pour conclure, il citerait Desproges : « Étonnant non ? »