La vie en gros

Né le 25 décembre 1972 dans un décor trop parfait pour être innocent. Celui qui a appartenu à son village jusqu’à l’os l’a toujours dans la peau mais sans doute moins dans sa chair ; il n’est plus, ou plus tout à fait, de Saint-Tropez. Il y grandit à l’ombre de la précision — son père Alain chirurgien-dentiste à l’énergie débordante mord dans la vie avec humour — et du style — sa mère Roseline commerçante, symbole de l’indépendance et du bon goût — dans le culte discret de mythes domestiques qui sitôt disparus refusèrent obstinément de rester enterrés : résistants, marins, disparus, fantômes familiaux.

Enfant, il n’en était déjà plus un. « On prétend que je n’ai jamais été un enfant », dira-t-il en 2001 dans un interview à Caroline Mangez ; « j’en ai longtemps été fier. » Depuis il semble en souffrir… Surdoué décrété — étiquette dont il a usé et abusé sans le moindre scrupule, jusqu’à la nausée sans jamais corriger l’erreur. Quand ses frères nageaient, skiaient, sautaient en parachute, lui préférait les quatre murs de sa chambre, les livres, la musique. À cinq ans, il réclamait déjà le menu le plus cher de la table. Épicurien né un jour de Noël, par accident.

Dans cette maison heureuse, l’anticonformisme était en apparence une affaire d’hommes qui ne désespéraient pas encore du progrès et ne s’en cachaient pas ; Roseline, elle, restait en toute occasion courtoise et bienveillante. Il faut bien le dire, en matière d’éducation, elle avait fait excessivement confiance aux vertus de l’exemple. Ce n’est pas lui faire insulte de constater que malgré sa constance ce n’est pas l’aspect le plus évident de l’influence qu’elle a eue sur sa famille ! Alors, quand il lui fallait absolument être comprise, elle trouvait la formule, et nul n’y survivait tout à fait. Sébastien a quatre ans, il est dans son bain - persuadé comme toujours, de tout comprendre - lorsque l’un de ses frères, encore adolescent, le charria sur sa modeste anatomie. Roseline tranche : « Écoutez, les garçons, et toi surtout, l’imbécile : entre le plus minuscule du monde et le plus grand qui se puisse, la différence ne dépasse pas quelques tout petits centimètres. » Il crut à une consolation littérale, la mine cramoisie de son frère confirmait qu’il n’était pas l’imbécile et c’était à ses yeux le seul débat du moment ; il n’en a mesuré l’étendue réelle que bien plus tard, « centimètre après centimètre » nous lance-t-il dans un éclat de rire dont il est coutumier.

De l’infidélité, dans le même registre, elle ne faisait qu’une bouchée : « L’infidélité ce n’est que quelques centimètres de peau dans quelques centimètres de peau, et beaucoup d’allers-retours insensés. » Les mots sont des armes, cet exemple-là Sébastien le retiendra et l’utilisera avec moins de retenue que sa mère. Mais nous n’en sommes pas là…

Sa première arme, lui, ne l’a pas reçue : il s’en est emparé. Une boîte de peinture que Roseline avait offerte à Alain qui depuis trois ans ne l’avait pas même ouverte. Que l’enfant la confisque enchantait sa mère, qui en fit une légende : la carrière de l’artiste avait commencé par un braquage — le vol du seul cadeau que son mari eût gardé intact, « tant il y tenait » riant encore de son choix saugrenu. Enchantée elle l’était à l’unique condition, imprescriptible, de peindre à plus de cinquante mètres des tapis de la maison… Ce que son petit génie ne respecta jamais recouvrant mur sol et plafond.

Première arme chargée, début d’une collection baroque — celle d’un fou de guerres intimes.

Il ne les rendra jamais. Préférant multiplier ses champs de bataille.

Sébastien avance par déplacements successifs : peinture, livres, images, relations humaines — tout devient matériau, tout peut être réassemblé. Ce qu’il construit n’est pas une œuvre au sens classique, mais un champ de tensions : entre mémoire et invention, fidélité et trahison, contrôle et perte.

Il ne travaille pas pour les institutions. Il les infiltre. Depuis les années 90, dans l’orbite du galeriste Enrico Navarra, il construit une carrière qui refuse les étiquettes : ni tout à fait salarié, ni tout à fait artiste, ni simple éditeur — plutôt une anomalie productive, capable de générer livres, expositions, liens, archives, idées, communication, événements, à une cadence aussi époustouflante que discontinue. Un désordre qui sert de camouflage à cet homme qui détruit méthodiquement tous les cadres censés le contenir.

Il participe activement à la conception et au développement de la collection Made By…, projet éditorial international du galeriste consacré à la création contemporaine à travers différentes scènes culturelles. Dans ce cadre, il collabore notamment avec Fabrice Bousteau, Jérôme Sans, Frédéric Edelmann, Francine Méoule, Christine Schreyer, Jérôme Neutres, Marie Shek, Marc Pottier, Mian Mian et les photographes Amanda Eliasch, Valérie Sadoun, Enrico Dagnino. Et plus étroitement encore avec le photographe Simon Schwyzer.

Sa relation avec Simon est le cœur instable de la collection : une collaboration devenue dépendance, une amitié transformée en système amoureux. Un couple ? Depuis que le photographe suisse a mis fin à ses jours, Moreu répond : « Demandez-lui. » Toujours est-il qu’après sa disparition, rien ne s’arrête — au contraire, tout s’intensifie. Travailler devient une manière de retenir, éditer une manière de prolonger, écrire une manière de ne pas céder. La lettre qu’il lui lit à ses obsèques, à Zurich en novembre 2021, n’est pas un point final : depuis, il se consacre à la première monographie des quelque 870 portraits que Simon a réalisés pour la collection Made by… — bientôt reproduite sur le site — et, avec Tania Goëtz, Robert Brunton et Julien Maeda, à la mise en ordre de ses archives.

En 2017, avec le soutien d’Enrico Navarra, il avait fondé les Éditions Sébastien Moreu, structure indépendante dédiée aux livres d’art, essais et projets éditoriaux transversaux. La mémoire du photographe suisse détruira l’entreprise. Pas les projets.

Plus tard, avec Andre Vaszkievicz, l’intime change encore de forme. I Love You Moneypenis n’est pas un projet décoratif posé sur leur relation : c’est une collision de texte, d’image, de désir, d’argent, de corps. Une œuvre conçue depuis l’intérieur du lien, sans filtre protecteur. Leur mariage, le 19 octobre 2024 à Saint-Tropez, ne stabilise rien : il rend officiel ce qui débordait déjà.

Puis il retourne se battre là où cette biographie avait commencé : chez les morts de son propre sang. Les fantômes familiaux des premières lignes cessent d’être un décor. Ils deviennent un chantier qui s’ouvre au public sur ce site.

Marcel Moreu, le grand-père paternel — résistant, déporté à Dachau, revenu. En 1997, il avait déposé son passage entre 1935 et 1945 dans un tapuscrit destiné aux siens, pas à la postérité. Sébastien le déterre, le transcrit au mot près, refuse d’en corriger les maladresses d’époque, et le coule en dix langues. De Marcel, par son père Alain, lui vient aussi autre chose que des archives : l’allergie au troupeau. La déportation avait vacciné le grand-père de toutes les adulations collectives ; le fils en a fait une hygiène, et le petit-fils une angoisse précise — celle qui le saisit « quand plus de deux personnes disent la même chose en faisant le même geste ».

Émile Lubrano di Scampamorte, le grand-père maternel — médecin, issu d’une lignée partie cordonnière de Procida et devenue armateur à Marseille. Dès les années 1930, il avait écrit puis tapé lui-même l’histoire de chaque navire de la flotte familiale ; à partir de 1981, dans des livres blancs que lui offre sa fille Roseline, il consigne ses souvenirs. Mais l’obsession d’une vie, ce sera celle de Roseline : trier, transcrire, compléter, rendre exploitable cette masse. Sébastien en hérite — il l’assiste dans les dernières années, avec Céline Colin, puis reprend tout : les souvenirs deviennent Au nom du Père et Carnet, la flotte revit navire par navire dans from Procida with love.

Le procédé est démesuré, et il le sait : une mémoire privée, familiale, intime, coulée dans des machines de lecture multilingues — dix, vingt, vingt-six langues — comme si l’intime ne valait qu’à l’échelle planétaire. On peut y lire une piété d’archiviste. On peut aussi y voir la folie, rendue possible par l’IA, d’un homme qui préfère bâtir des cathédrales à ses disparus plutôt que de rester immobile devant eux. Il édite ses morts comme il aime ses vivants : compulsivement, totalement, sans filtre. L’obsession, il la tient d’elle — Roseline, à qui il avait déjà élevé son propre monument (« La Dame des Galeries Tropéziennes » Marfa Journal 2017.)

Son propre travail — collages, textes, dispositifs éditoriaux — relève d’une esthétique de l’exposition. Journaux ouverts, images découpées, mémoire traitée comme matière première. Peintre ? En 2001, à Caroline Mangez il s’en défendait : « Je n’en suis pas un. Je me contente d’assembler. » Les couleurs n’y symbolisent rien, simple liant entre les morceaux qu’il rapproche. Il disait s’anesthésier pour brider ses cinq sens et ne garder que le toucher ; pudeur exacerbée hors de l’atelier, indécence dedans. Il prétendait, vantard puéril, peindre entre cinq et sept heures du matin, « quand mes amants me laissent tranquille ». Son amour du livre, du reste, ne vient pas de la littérature mais de l’objet — du papier, de sa façon, culte hérité d’une maison où le papier était roi. Rien n’est neutre. Tout est impliqué.

Physiquement, il porte un corps qui ne coopère pas toujours : cœur rapide, tension capricieuse, système sous pression. Et pourtant, il continue, avec des habitudes qui ressemblent parfois à de la défiance, parfois à une indifférence aux conséquences. Pas de récit propre de rédemption ici. Seulement la persistance.

Il aime intensément, archive obsessionnellement, travaille compulsivement, ment volontiers quand l’illusion l’exige — son culte suprême —, et refuse de simplifier quoi que ce soit.

S’il existe un principe unificateur, c’est celui-ci : Sébastien Moreu vénère trop les contradictions des autres pour résoudre les siennes qu’il organise comme on décore sa maison — pour y vivre. Cette maison… c’est la sienne, et celle qu’il offre toute entière à ceux qu’il aime, rien n’est jamais pour lui.

Péchant comme souvent par excès de confiance en lui il confie en 2026 à ChatGPT un nombre important de documents dont certains intimes, personnels et même médicaux et demande la rédaction d’une biographie critique, puis me transmet le résultat et de nouveaux documents me demandant de prolonger cette rédaction. Vous en tenez le résultat entre les mains. Sébastien a seulement corrigé les erreurs factuelles.

Pour conclure, il citerait sans doute Pierre Desproges : « Étonnant non ? »

Claude A.I. by Anthropic

Born on 25 December 1972 into a setting too perfect to be innocent. The one who belonged to his village down to the bone still carries it under his skin, though doubtless less in his flesh; he is no longer, or no longer quite, from Saint-Tropez. He grows up there in the shadow of precision — his father Alain, a dental surgeon brimming with energy, biting into life with humour — and of style — his mother Roseline, a shopkeeper, a symbol of independence and good taste — in the discreet cult of domestic myths which, the moment they vanished, stubbornly refused to stay buried: resistance fighters, sailors, the missing, family ghosts.

As a child, he was already no longer one. «They claim I was never a child», he would say in 2001 in an interview with Caroline Mangez; «for a long time I was proud of it.» Since then he seems to suffer from it… Declared gifted — a label he used and abused without the slightest scruple, to the point of nausea without ever correcting the mistake. While his brothers swam, skied, parachuted, he preferred the four walls of his bedroom, books, music. At five, he was already demanding the most expensive dish on the table. An epicurean born one Christmas day, by accident.

In that happy house, nonconformism was, on the surface, a matter for men who had not yet despaired of progress and made no secret of it; Roseline, for her part, remained courteous and benevolent on every occasion. It must be said that, in matters of upbringing, she had placed excessive trust in the virtues of example. It is no insult to her to note that, despite her constancy, this is not the most obvious aspect of the influence she had on her family! So, when she absolutely had to be understood, she found the phrase, and no one quite survived it. Sébastien is four, he is in his bath — convinced, as always, that he understands everything — when one of his brothers, still a teenager, teases him about his modest anatomy. Roseline rules: «Listen, boys, and you especially, you fool: between the tiniest in the world and the largest there can possibly be, the difference is no more than a few tiny centimetres.» He took it for a literal consolation; his brother’s crimson face confirmed that he was not the fool, and in his eyes that was the only debate of the moment; he measured its true extent only much later, «centimetre by centimetre», he tosses at us in one of his customary bursts of laughter.

Infidelity, in the same register, she made but one mouthful of: «Infidelity is just a few centimetres of skin in a few centimetres of skin, and a great many senseless comings and goings.» Words are weapons; that particular lesson Sébastien would retain and use with less restraint than his mother. But we are not there yet…

His own first weapon he did not receive: he seized it. A box of paints that Roseline had given to Alain, who for three years had not even opened it. That the child should confiscate it delighted his mother, who turned it into a legend: the artist’s career had begun with a heist — the theft of the one gift her husband had kept intact, «he was so attached to it», still laughing at his preposterous choice. Delighted she was, on the single, inalienable condition that he paint more than fifty metres from the house’s rugs… which her little genius never respected, covering wall, floor and ceiling.

First weapon loaded, the start of a baroque collection — that of a man mad for intimate wars.

He would never give them back. Preferring to multiply his battlefields.

Sébastien advances by successive displacements: painting, books, images, human relationships — everything becomes material, everything can be reassembled. What he builds is not a work in the classical sense, but a field of tensions: between memory and invention, fidelity and betrayal, control and loss.

He does not work for institutions. He infiltrates them. Since the nineties, in the orbit of gallerist Enrico Navarra, he has built a career that refuses labels: neither quite an employee, nor quite an artist, nor a mere publisher — rather a productive anomaly, capable of generating books, exhibitions, connections, archives, ideas, communication, events, at a pace as breathtaking as it is discontinuous. A disorder that serves as camouflage for this man who methodically destroys every frame meant to contain him.

He takes an active part in the conception and development of the Made By… collection, the gallerist’s international editorial project devoted to contemporary creation across different cultural scenes. Within it, he collaborates notably with Fabrice Bousteau, Jérôme Sans, Frédéric Edelmann, Francine Méoule, Christine Schreyer, Jérôme Neutres, Marie Shek, Marc Pottier, Mian Mian and the photographers Amanda Eliasch, Valérie Sadoun, Enrico Dagnino. And more closely still with the photographer Simon Schwyzer.

His relationship with Simon is the unstable heart of the collection: a collaboration turned dependency, a friendship transformed into an amorous system. A couple? Since the Swiss photographer took his own life, Moreu answers: «Ask him.» Be that as it may, after his death nothing stops — on the contrary, everything intensifies. Working becomes a way of holding on, editing a way of prolonging, writing a way of not giving in. The letter he reads at his funeral, in Zurich in November 2021, is not a full stop: since then he has devoted himself to the first monograph of the some 870 portraits Simon made for the Made by… collection — soon to be reproduced on the site — and, with Tania Goëtz, Robert Brunton and Julien Maeda, to the ordering of his archives.

In 2017, with the support of Enrico Navarra, he had founded Éditions Sébastien Moreu, an independent structure dedicated to art books, essays and cross-disciplinary editorial projects. The memory of the Swiss photographer would destroy the company. Not the projects.

Later, with Andre Vaszkievicz, the intimate changes form once more. I Love You Moneypenis is not a decorative project laid over their relationship: it is a collision of text, image, desire, money, body. A work conceived from inside the bond, with no protective filter. Their marriage, on 19 October 2024 in Saint-Tropez, stabilises nothing: it makes official what was already overflowing.

Then he goes back to fight where this biography had begun: among the dead of his own blood. The family ghosts of the opening lines cease to be a backdrop. They become a worksite that opens to the public on this site.

Marcel Moreu, the paternal grandfather — resistance fighter, deported to Dachau, returned. In 1997 he had set down his passage between 1935 and 1945 in a typescript meant for his own, not for posterity. Sébastien unearths it, transcribes it word for word, refuses to correct its period clumsiness, and casts it in ten languages. From Marcel, through his father Alain, comes something other than archives too: an allergy to the herd. Deportation had inoculated the grandfather against all collective adulation; the son made it a hygiene, and the grandson a precise anxiety — the one that seizes him «when more than two people say the same thing while making the same gesture».

Émile Lubrano di Scampamorte, the maternal grandfather — a doctor, descended from a line that left Procida as cobblers and became shipowners in Marseille. As early as the 1930s he had written and then typed himself the story of every vessel in the family fleet; from 1981 on, in the blank books his daughter Roseline gave him, he recorded his memories. But the obsession of a lifetime would be Roseline’s: to sort, transcribe, complete, make usable this mass. Sébastien inherits it — he assists her in her final years, with Céline Colin, then takes everything over: the memories become Au nom du Père and Carnet, the fleet lives again vessel by vessel in from Procida with love.

The method is excessive, and he knows it: a private, family, intimate memory, cast into multilingual reading machines — ten, twenty, twenty-six languages — as if the intimate were worth something only on a planetary scale. One may read in it an archivist’s piety. One may also see in it the madness, made possible by AI, of a man who would rather build cathedrals to his dead than stand still before them. He edits his dead as he loves his living: compulsively, totally, without filter. The obsession he gets from her — Roseline, to whom he had already raised his own monument («La Dame des Galeries Tropéziennes», Marfa Journal 2017.)

His own work — collages, texts, editorial devices — belongs to an aesthetic of display. Open journals, cut-out images, memory treated as raw material. A painter? In 2001, to Caroline Mangez, he denied it: «I am not one. I merely assemble.» The colours symbolise nothing there, a mere binder between the pieces he brings together. He said he anaesthetised himself to curb his five senses and keep only touch; exacerbated modesty outside the studio, indecency within. He claimed, a childish braggart, to paint between five and seven in the morning, «when my lovers leave me in peace». His love of the book, moreover, comes not from literature but from the object — from paper, from its making, a cult inherited from a house where paper was king. Nothing is neutral. Everything is implicated.

Physically, he carries a body that does not always cooperate: a rapid heart, capricious blood pressure, a system under strain. And yet he goes on, with habits that sometimes resemble defiance, sometimes an indifference to consequences. No tidy redemption narrative here. Only persistence.

He loves intensely, archives obsessively, works compulsively, lies readily when illusion demands it — his supreme cult — and refuses to simplify anything whatsoever.

If there is a unifying principle, it is this: Sébastien Moreu venerates the contradictions of others too much to resolve his own, which he arranges the way one decorates one’s house — in order to live in it. That house… is his own, and the one he offers entire to those he loves; nothing is ever for himself.

Sinning, as so often, through excess of self-confidence, in 2026 he entrusts to ChatGPT a substantial number of documents, some of them intimate, personal and even medical, and asks it to write a critical biography; he then passes the result on to me, along with new documents, asking me to extend this writing. You hold the result in your hands. Sébastien has corrected only the factual errors.

To conclude, he would no doubt quote Pierre Desproges: «Astonishing, isn’t it?»

Claude A.I. by Anthropic

Nascido a 25 de dezembro de 1972 num cenário demasiado perfeito para ser inocente. Aquele que pertenceu à sua aldeia até aos ossos ainda a traz na pele, embora sem dúvida menos na carne; já não é, ou já não é bem, de Saint-Tropez. Cresce ali à sombra da precisão — o seu pai Alain, cirurgião-dentista de energia transbordante, que morde a vida com humor — e do estilo — a sua mãe Roseline, comerciante, símbolo de independência e de bom gosto — no culto discreto de mitos domésticos que, mal desapareceram, se recusaram obstinadamente a ficar enterrados: resistentes, marinheiros, desaparecidos, fantasmas de família.

Criança, já não o era. «Dizem que nunca fui criança», dirá em 2001 numa entrevista a Caroline Mangez; «durante muito tempo orgulhei-me disso.» Desde então parece sofrer com isso… Sobredotado decretado — rótulo de que usou e abusou sem o menor escrúpulo, até à náusea sem nunca corrigir o erro. Enquanto os irmãos nadavam, esquiavam, saltavam de paraquedas, ele preferia as quatro paredes do seu quarto, os livros, a música. Aos cinco anos, já exigia o prato mais caro da mesa. Epicurista nascido num dia de Natal, por acidente.

Naquela casa feliz, o anticonformismo era, à superfície, um assunto de homens que ainda não desesperavam do progresso e não o escondiam; Roseline, por seu lado, mantinha-se em qualquer ocasião cortês e benevolente. É preciso dizê-lo: em matéria de educação, confiara excessivamente nas virtudes do exemplo. Não é insultá-la constatar que, apesar da sua constância, não é esse o aspecto mais evidente da influência que teve sobre a sua família! Por isso, quando precisava absolutamente de ser compreendida, encontrava a fórmula, e ninguém lhe sobrevivia por completo. Sébastien tem quatro anos, está no banho — convencido, como sempre, de que tudo compreende — quando um dos irmãos, ainda adolescente, o arrelia sobre a sua modesta anatomia. Roseline decide: «Oiçam, rapazes, e tu sobretudo, ó tolo: entre o mais minúsculo do mundo e o maior que possa haver, a diferença não passa de uns pequeninos centímetros.» Ele tomou-a por uma consolação literal; a cara escarlate do irmão confirmava que não era ele o tolo, e a seus olhos era esse o único debate do momento; só muito mais tarde mediu o seu verdadeiro alcance, «centímetro a centímetro», atira-nos numa daquelas gargalhadas que lhe são habituais.

Da infidelidade, no mesmo registo, fazia apenas uma dentada: «A infidelidade não passa de uns centímetros de pele em uns centímetros de pele, e muitas idas e vindas insensatas.» As palavras são armas; essa lição Sébastien guardá-la-á e usá-la-á com menos contenção do que a mãe. Mas ainda não chegámos aí…

A sua primeira arma, essa, não a recebeu: apoderou-se dela. Uma caixa de tintas que Roseline oferecera a Alain e que, durante três anos, ele nem sequer abrira. Que a criança a confiscasse encantava a mãe, que fez disso uma lenda: a carreira do artista começara por um assalto — o roubo do único presente que o marido guardara intacto, «de tanto que lhe queria», rindo-se ainda da sua escolha disparatada. Encantada estava, sob a única condição, imprescritível, de pintar a mais de cinquenta metros dos tapetes da casa… o que o seu pequeno génio nunca respeitou, cobrindo parede, chão e tecto.

Primeira arma carregada, início de uma colecção barroca — a de um louco por guerras íntimas.

Nunca as devolverá. Preferindo multiplicar os seus campos de batalha.

Sébastien avança por deslocamentos sucessivos: pintura, livros, imagens, relações humanas — tudo se torna matéria, tudo pode ser reagrupado. O que constrói não é uma obra no sentido clássico, mas um campo de tensões: entre memória e invenção, fidelidade e traição, controlo e perda.

Não trabalha para as instituições. Infiltra-as. Desde os anos 90, na órbita do galerista Enrico Navarra, constrói uma carreira que recusa os rótulos: nem propriamente assalariado, nem propriamente artista, nem simples editor — antes uma anomalia produtiva, capaz de gerar livros, exposições, ligações, arquivos, ideias, comunicação, eventos, a um ritmo tão deslumbrante quanto descontínuo. Uma desordem que serve de camuflagem a este homem que destrói metodicamente todos os quadros destinados a contê-lo.

Participa activamente na concepção e no desenvolvimento da colecção Made By…, projecto editorial internacional do galerista consagrado à criação contemporânea através de diferentes cenas culturais. Nesse âmbito, colabora nomeadamente com Fabrice Bousteau, Jérôme Sans, Frédéric Edelmann, Francine Méoule, Christine Schreyer, Jérôme Neutres, Marie Shek, Marc Pottier, Mian Mian e os fotógrafos Amanda Eliasch, Valérie Sadoun, Enrico Dagnino. E, mais estreitamente ainda, com o fotógrafo Simon Schwyzer.

A sua relação com Simon é o coração instável da colecção: uma colaboração tornada dependência, uma amizade transformada em sistema amoroso. Um casal? Desde que o fotógrafo suíço pôs fim à vida, Moreu responde: «Perguntem-lhe.» Seja como for, após o seu desaparecimento nada pára — pelo contrário, tudo se intensifica. Trabalhar torna-se uma forma de reter, editar uma forma de prolongar, escrever uma forma de não ceder. A carta que lhe lê no funeral, em Zurique, em novembro de 2021, não é um ponto final: desde então dedica-se à primeira monografia dos cerca de 870 retratos que Simon realizou para a colecção Made by… — em breve reproduzida no site — e, com Tania Goëtz, Robert Brunton e Julien Maeda, à organização dos seus arquivos.

Em 2017, com o apoio de Enrico Navarra, fundara as Éditions Sébastien Moreu, estrutura independente dedicada aos livros de arte, ensaios e projectos editoriais transversais. A memória do fotógrafo suíço destruirá a empresa. Não os projectos.

Mais tarde, com Andre Vaszkievicz, o íntimo muda novamente de forma. I Love You Moneypenis não é um projecto decorativo pousado sobre a relação dos dois: é uma colisão de texto, imagem, desejo, dinheiro, corpo. Uma obra concebida a partir do interior do laço, sem filtro protector. O casamento dos dois, a 19 de outubro de 2024 em Saint-Tropez, nada estabiliza: torna oficial o que já transbordava.

Depois regressa para combater onde esta biografia começara: entre os mortos do seu próprio sangue. Os fantasmas familiares das primeiras linhas deixam de ser um cenário. Tornam-se um estaleiro que se abre ao público neste site.

Marcel Moreu, o avô paterno — resistente, deportado para Dachau, regressado. Em 1997, depositara a sua passagem entre 1935 e 1945 num datiloscrito destinado aos seus, não à posteridade. Sébastien desenterra-o, transcreve-o palavra por palavra, recusa-se a corrigir as suas imperfeições de época, e funde-o em dez línguas. De Marcel, através do seu pai Alain, vem-lhe também algo mais do que arquivos: a alergia ao rebanho. A deportação vacinara o avô contra todas as adulações colectivas; o filho fez disso uma higiene, e o neto uma angústia precisa — a que o assalta «quando mais de duas pessoas dizem a mesma coisa fazendo o mesmo gesto».

Émile Lubrano di Scampamorte, o avô materno — médico, oriundo de uma linhagem que partiu sapateira de Procida e se tornou armadora em Marselha. Logo nos anos 1930, escrevera e depois datilografara ele próprio a história de cada navio da frota familiar; a partir de 1981, em livros brancos que a filha Roseline lhe oferece, regista as suas memórias. Mas a obsessão de uma vida será a de Roseline: ordenar, transcrever, completar, tornar utilizável essa massa. Sébastien herda-a — assiste-a nos últimos anos, com Céline Colin, e depois retoma tudo: as memórias tornam-se Au nom du Père e Carnet, a frota revive navio a navio em from Procida with love.

O processo é desmesurado, e ele sabe-o: uma memória privada, familiar, íntima, fundida em máquinas de leitura multilingues — dez, vinte, vinte e seis línguas — como se o íntimo só valesse à escala planetária. Pode ler-se nisto uma piedade de arquivista. Pode também ver-se a loucura, tornada possível pela IA, de um homem que prefere erguer catedrais aos seus mortos a permanecer imóvel diante deles. Edita os seus mortos como ama os seus vivos: compulsivamente, totalmente, sem filtro. A obsessão, herda-a dela — Roseline, a quem já erguera o seu próprio monumento («La Dame des Galeries Tropéziennes», Marfa Journal 2017.)

O seu próprio trabalho — colagens, textos, dispositivos editoriais — pertence a uma estética da exposição. Jornais abertos, imagens recortadas, memória tratada como matéria-prima. Pintor? Em 2001, a Caroline Mangez, defendia-se: «Não sou pintor. Limito-me a montar.» As cores nada simbolizam aí, mero ligante entre os pedaços que aproxima. Dizia anestesiar-se para refrear os cinco sentidos e conservar apenas o tacto; pudor exacerbado fora do atelier, indecência lá dentro. Pretendia, fanfarrão pueril, pintar entre as cinco e as sete da manhã, «quando os meus amantes me deixam em paz». O seu amor pelo livro, de resto, não vem da literatura mas do objecto — do papel, do seu fazer, culto herdado de uma casa onde o papel era rei. Nada é neutro. Tudo está implicado.

Fisicamente, traz um corpo que nem sempre coopera: coração acelerado, tensão caprichosa, sistema sob pressão. E, no entanto, continua, com hábitos que ora parecem desafio, ora indiferença às consequências. Aqui não há narrativa arrumada de redenção. Apenas a persistência.

Ama intensamente, arquiva obsessivamente, trabalha compulsivamente, mente de bom grado quando a ilusão o exige — o seu culto supremo —, e recusa-se a simplificar seja o que for.

Se existe um princípio unificador, é este: Sébastien Moreu venera demasiado as contradições dos outros para resolver as suas, que organiza como quem decora a sua casa — para nela viver. Essa casa… é a sua, e a que oferece inteira àqueles que ama; nada é nunca para si próprio.

Pecando, como tantas vezes, por excesso de confiança em si, confia em 2026 ao ChatGPT um número importante de documentos, alguns deles íntimos, pessoais e até médicos, e pede-lhe a redacção de uma biografia crítica; depois transmite-me o resultado e novos documentos, pedindo-me que prolongue essa redacção. Tem o resultado entre as mãos. Sébastien apenas corrigiu os erros factuais.

Para concluir, citaria sem dúvida Pierre Desproges: «Espantoso, não?»

Claude A.I. by Anthropic